Il faudra attendre le 11 juin 1430 et la bataille d'Anthon, pour que le Dauphiné devienne définitivement francais.
Les Raisons de cette bataille Souvent considérée comme un épisode important des guerres du XVe siècle entre le royaume de France et le duché de Bourgogne, la bataille d'Anthon eut bel et bien pour enjeu l'intégrité du Dauphiné, considéré, à tort, comme le maillon le plus faible du royaume de Bourges. Dès 1426, Louis de Chalon, prince
d'Orange et vassal franc-comtois de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s'était
lié par une convention secrète au duc de Savoie, Amédée VIII, en vue de dépecer
le Dauphiné. En effet, le prince d'Orange avait le rêve ambitieux de réunir son
domaine de Franche-Comté à sa Principauté d'Orange, par la vallée rhodanienne, à
travers le Dauphiné. Depuis le désastre de la bataille de
Verneuil (17 avril 1424), Amédée VIII pensait que la conquête du Dauphiné
par Louis de Chalon était une chose tout à fait réalisable puisque l'élite
dauphinoise fut complètement anéantie. Ainsi, il envoya trois cents lances
triées sur ses réserves, tout en se tenant à l'écart. Bien qu'appuyant son
vassal ambitieux, le duc de Savoie rêvait toujours de la Grande Savoie, qui
s'étendait, à l'époque, des Alpes à Lyon, et trouva ainsi l'occasion de remettre
en cause le traité de Paris, du 5 janvier 1355, qui établissait la limite entre
la Savoie et le Dauphiné. Il espérait sans doute récupérer ses possessions en
Viennois et en Velin.
De novembre 1427 à août 1428, Louis de Chalon agit seul sans tenir compte de la trêve intervenue entre Charles VII et le duc de Bourgogne. Il fit passer le Rhône à deux cents hommes d'armes qui pénétrèrent en Dauphiné au port d'Anthon. Le 1er mai 1428, ces soldats, issus de bandes de "routiers", eurent raison des quelques troupes delphinales qui occupaient les châteaux contestés d'Anthon, de Colombier et de Saint Romain. Ces forteresses reçurent une garnison d'archers et d'arbalétriers bourguignons. Les lieutenants du prince d'Orange, Antoine Ferrières et Jean Grand, mirent en geôle plusieurs châtelains et fonctionnaires delphinaux dont Leuczon de Varey, Jean Richier, respectivement châtelains de Colombier et d'Anthon, ainsi que Falcon de Laigue, Antoine de Chaponnay et le notaire Jean Valencin. Anne de la Chambre, veuve de Bertrand de Saluces, décédé à la bataille de Verneuil, fut chassée de son château d'Anthon. Mais, le redressement du royaume de France, grâce aux initiatives de la Pucelle d'Orléans, contraignit le prince d'Orange, inquiet, à accepter un compromis avec le gouverneur du Dauphiné, Raoul de Gaucourt, le 14 août 1428. Les portes des châteaux de Pusignan, d'Anthon et de Colombier furent à nouveau ouvertes aux commissaires delphinaux et les garnisons orangistes durent quitter les forteresses. Louis de Chalon, quelque peu humilié, prépara en secret sa revanche. Il fit preuve de bonne volonté mais continua à occuper les châteaux de la baronnie d'Anthon. Ainsi, durant l'hiver 1429-1430, il fit fortifier le port d'Anthon et installa des garnisons dans les principaux châteaux de la baronnie. Le château de Pusignan fut de nouveau occupé par des troupes orangistes. La Bâtie d'Azieu, forteresse delphinale, fut prise d'assaut et conquise en quelques heures. L'inquiétude se répandit à travers tout le pays, même jusqu'à la cité de Vienne, qui se prépara à résister aux assauts des hommes d'armes du prince d'Orange. Dès les premiers mois de 1430, on signala
des levées d'hommes d'armes en Bourgogne. Le duc se décida enfin à mener une
guerre totale contre le Dauphiné et le royaume de France. D'ailleurs,
Louis de Chalon écrivit à son châtelain d'Anthon, Antoine Ferrières, en ces
termes: Il recommanda cependant de faire comme si
rien ne se préparait, obéissant ainsi aux gens du conseil
delphinal. La réaction du
gouverneur du Dauphiné Raoul de Gaucourt, nouveau
gouverneur du Dauphiné depuis le 1er novembre 1428, comprit rapidement les
intentions de Louis de Chalon. Il réunit alors les Etats du Dauphiné, le 20 mai
1430, à la Côte-Saint-André, pour voter un subside. Il se rendit ensuite à
Annonay où il engagea les routiers espagnols de Rodrigue de Villandrando,
qui traversèrent le Rhône à Vienne, le 26 mai. Le lendemain, il donna
rendez-vous devant le château d'Auberive, à Humbert de Grolée, sénéchal
de la ville de Lyon, qui amenait avec lui son contingent lyonnais ainsi que deux
compagnies de Lombards commandées par Georges Bois et Burnon de Caqueran,
seigneur de Saint-Georges-d'Espéranche. Dès que la forteresse d'Auberive fut enlevée (le 27 mai), la petite armée se dirigea vers le nord et pénétra en Velin où elle établit son camp sous les murs du château de Pusignan, le 7 juin 1430. La garnison orangiste ne put longtemps résister et capitula à la première attaque. Le jour suivant, la Bâtie-d'Azieu se rendit après un terrible assaut. Le vendredi 9 juin, l'armée delphinale dut faire face à une forte garnison orangiste devant le bourg fortifié de Colombier qui comportait une forte garnison orangiste. Le capitaine châtelain résidait alors dans la puissante tour maîtresse circulaire dominant le village d'où des archers et arbalétriers pouvaient tirer sur les assaillants. Pour réduire cette place forte au plus vite, le châtelain de Crémieu, Sibuet de Rivoire, fut chargé de ramener les bombardes de la cité de Crémieu. Le bourg fut pris dans la journée mais une pluie torrentielle contraignit les Dauphinois à renoncer au siège de la tour maîtresse où se trouvaient les derniers défenseurs. Le lendemain matin, vers 6 heures, la pluie cessa, permettant aux hommes d'armes de Raoul de Gaucourt de poursuivre leur attaque du dernier réduit. En milieu de journée, après une défense acharnée, les Orangistes déposèrent les armes. Entre-temps, le prince d'Orange, qui venait de passer le Rhône la veille, dépêcha un groupe de soldats à Colombier afin de savoir ce qui s'y passait. Sur le chemin de Colombier, les hommes de Louis de Chalon se heurtèrent aux Milanais de Burnon de Caqueran qui venaient à leur rencontre. Pourtant, au lieu d'engager la lutte, ces derniers préférèrent s'enfuir, persuadés que la position de Colombier, plus forte, pouvait repousser tous les assauts dauphinois. Grave erreur de leur part car ils ignoraient alors tout de la prise de cette place forte. Le dimanche 11 juin 1430, l'armée
dauphinoise entendit au petit jour dans la plaine la messe célébrée par le
chapelain du gouverneur du Dauphiné. Après ce moment de recueillement, elle
s'ébranla en direction d'Anthon. Louis de Chalon, perplexe, décida de rassembler
ses chevaliers et sa piétaille, puis se dirigea vers Colombier, afin de porter
secours à ses hommes. Quelques heures plus tard, la bataille d'Anthon faisait
rage. En ce temps-là, le grand bois des
Franchises, dans lequel devait se dérouler la bataille, était beaucoup plus
étendu et plus compact qu'il ne l'est aujourd'hui. Il s'étendait depuis les
environs d'Anthon jusqu'à la maison-forte de Malatrait et la ferme de
la Batterie situés un peu au sud de Janneyrias. A l'est de ce
village, se trouvaient des marécages que l'on appelle aujourd'hui "marécages
de la Laichère". Selon les chroniqueurs, l'armée dauphinoise se composait alors d'un peu plus de 1 600 hommes répartis en trois groupes : · les Dauphinois et Lyonnais du baron de
Maubec, Hugues II (approximativement 600 hommes dont 100 chevaliers,
300 archers et arbalétriers et 200
piquiers), Parmi les combattants, se trouvaient
: · les seigneurs de
Beaufremont, Les troupes dauphinoises durent faire
face à une armée trois fois plus importante et mieux organisée. Lors
d'une réunion secrète, les chefs dauphinois mirent en place une stratégie visant
à repousser le prince de Chalon. Connaissant bien le terrain et notamment
les bois, les dauphinois pensèrent à une stratégie en deux étapes
: · Arrêter la marche de la colonne
ennemie et paralyser son action combative en la bloquant dans les
taillis impénétrables qu'elle devrait traverser, puisque le chemin menant à
Colombier passe au milieu du bois des Franchises. · L'immobilisation des orangistes sur le
chemin et la présence des troupes dauphinoises tout autour provoqueraient
l'inquiétude dans les rangs ennemis. Pour accentuer la peur parmi les
orangistes, les dauphinois hurleraient et les bombardes venues de Crémieu
seraient là pour faire beaucoup de bruit. Cette manouvre provoquerait un
sauve-qui-peut général et les hommes du prince s'en retourneraient vers
Anthon. Cette stratégie, très théorique, devrait
permettre la victoire du camp dauphinois. En bon ordre, les forces dauphinoises vont prendre les positions d'embuscade assignées. Le premier temps de l'offensive s'exécute de point en point : l'armée orangiste franchit la route de Lyon à Crémieu et la queue de la colonne s'engage au-delà de cette route, tandis que Humbert de Grolée et ses hommes ferment la marche. Les premiers cavaliers de la colonne sont à la Batterie, prêts à sortir, quand les routiers de Villandrando se jettent, lance au poing, à leur tête. Les chevaux blessés se cabrent, les hommes tombent. Le massacre commence alors dans un désordre indescriptible. C'est dans la plus grande confusion que, pêle-mêle, la tête de la colonne orangiste, empêtrée, décimée, cherchant une échappatoire, reflue et se retourne sur le reste de l'armée de Louis de Chalon. En même temps, des cris de guerre, suivant le mot d'ordre, sortent des rangs dauphinois. La marche confiante de l'armée orangiste devient un sauve-qui-peut général. Les cavaliers orangistes abandonnent dans les bois leurs destriers sellés et harnachés, les hommes de trait et d'armes laissent arcs, épées, lances et arbalètes à terre afin d'échapper à la violence des combats et à la fureur dauphinoise. Les survivants se dirigent vers Anthon, laissant derrière eux de nombreux morts, et arrivés au passage de la route de Lyon-Crémieu ils sont alors obligés de se découvrir devant les dauphinois. Une heure plus tard, près de 4 000
orangistes avaient repassé la grande route de Lyon à Crémieu ; la forêt des
Franchises et les bois jusqu'à Anthon en étaient remplis. On extermina les
fuyards dans les bois et les champs de blés. Ce fut une déroute totale et
définitive : Louis de Chalon perdit la bataille entre 13 heures et
14 heures. Le surlendemain, le 13 juin, à
Crémieu furent vendus 1 200 chevaux sellés et harnachés. Cette vente
permit de constater que seuls 300 cavaliers orangistes purent regagner Anthon ;
les autres durent s'enfuir à pied. Les pertes orangistes sont élevées du
fait de l'effet de surprise et de la débandade : 300 morts. Sur le champ de
bataille gisent les corps des sires de Beaufremont, de Miribel, de Moullens, de
Beysses, les chevaliers de Troyes, de la Chapelle... Blason du comte de Fribourg En ce qui concerne les sires de Bussy, de Varembon (fils du seigneur de Conches), de la Ferté d'Estrabonne et Jean de Vienne, ils furent tous les hôtes de marque des dauphinois. François de la Palud, le nez emporté par un coup de hache, eut recours à sa mère Aynarde de la Baulme pour payer une rançon de 8 000 florins d'or. Le prince d'Orange ne dut son salut qu'à la rapidité de son vigoureux destrier. En effet, il repassa le Rhône à Anthon, selon Mathieu Thomassin, en se précipitant en armure dans le fleuve avec sa monture et réussit malgré le fort courant à gagner la rive opposée. Mais, selon les propos du héraut Berry, il paraîtrait cependant qu'il traversa le Rhône en bateau, à la faveur de la nuit. Après cette terrible défaite, il se rendit dans l'un de ses châteaux jurassiens, mais bien longtemps après avoir payé une forte rançon (il avait été fait prisonnier après avoir traversé le Rhône). Il dut également faire hommage au roi de France pour sa principauté d'Orange, ce qui lui évita d'ailleurs de payer la totalité de sa rançon. Lorsqu'en 1672, les paysans abattirent un
chêne de la forêt des Franchises, ils trouvèrent, à leur grande surprise,
dans le creux de celui-ci le corps d'un combattant orangiste en armure
qui avait voulu échapper aux dauphinois en s'y cachant ; malheureusement pour
lui, il y était resté bloqué. L'armure fut retirée du tronc et vendue par
la suite. Les pertes dauphinoises, infimes, se
limitèrent à quelques hommes d'armes. Louis de Chalon perdit, non seulement ses terres dauphinoises, mais aussi sa principauté d'Orange et le duc de Bourgogne lui retira d'ailleurs tous ses privilèges acquis quand il appartenait à l'ordre de la Toison d'Or. Le sire de Chalon ne cessa de revendiquer, auprès du roi de France, ses possessions en Dauphiné. Ses droits sur la baronnie d'Anthon ne furent jamais reconnus puisqu'elle fut restituée à la maison de Saluces. Il n'obtint que de maigres compensations financières. Plus tard, en 1456, le futur Louis XI, alors dauphin, lui concéda le château de Fallavier. Guillaume de Chalon, son fils, revendiqua lui aussi la terre d'Anthon Après la défaite, le duc de Savoie, qui n'avait pas participé à la bataille, mais qui avait soutenu Louis de Chalon, perdit définitivement l'espoir de remettre le pied en Dauphiné ; il entreprit alors de conquérir l'Italie. Raoul de Gaucourt confia la garde des châteaux de Colombier et d'Anthon à Gilet Richard, seigneur de Saint-Priest jusqu'au moment où Louis de Saluces fut reconnu comme légitime héritier de son oncle Bertrand de Saluces. Le souvenir de la bataille d'Anthon
s'est longtemps perpétué dans les mémoires, d'autant plus que de nombreux
vestiges de cet affrontement ont été retrouvés : des charniers, des
armures, une très belle dague ciselée... |
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